"Blow-Up", 1 faux ! | Monsieur Vinyl
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« Blow-Up », 1 faux !

Méfiez-vous des contrefaçons ! Même dans le monde du vinyle, ce vieil adage est valable. Fort heureusement, les cas sont rares, mais ils existent. Il y a quelques années, j’ai acheté un exemplaire du vinyle original de la B.O. de « Blow-Up », un film sorti en Décembre 1966 sur les écrans anglais. Pourtant, sans le savoir, je venais d’acquérir une contrefaçon…

Même dans le monde du vinyle, les contrefaçons existent ! On appelle ça des ‘fake’. De nos jours, certains vendeurs sont plus honnêtes en mentionnant le terme ‘unofficial’ – non officiel – dans leurs descriptifs. Mais ce n’est pas toujours le cas.

Ces contrefaçons imitent plutôt bien le pressage d’origine, ne se gênant pas pour reprendre tous les codes servant de repères à un collectionneur averti, de la référence au code barre en passant par la couleur du label… jusqu’à la gravure sonore !

Je tenais aujourd’hui à vous démontrer à quel point il est possible de se faire avoir si l’on est pas un tantinet vigilant.

Où se trouve l’édition originale sur cette photo ?

 

Il y a quatre ans, je suis parti à la recherche d’un vinyle, celui de la bande originale du film « Blow-Up » réalisé par Michelangelo Antonioni et dont la musique fût composée par Herbie Hancock. En me renseignant, j’apprends qu’il existe pas moins de trente références vinyles de cette B.O. dans le monde. Des pressages américains, canadiens, japonais, espagnols, et j’en passe… Mais je recherchais une version bien précise : l’édition française ; sa pochette est, en effet, la seule qui diffère parmi la trentaine de pressages existants.

Après de nombreuses recherches, j’achète à un marchand sur internet un exemplaire de cette fameuse version française. A première vue, tout va bien dans le descriptif : la référence est la bonne, le disque semble en bon état, et une photo est là pour le justifier.

Le vinyle arrive à la maison quelques semaines plus tard mais, dès la prise en main, je remarque que la pochette est mal imprimée. Le tout semble une fabrication assez récente pour un pressage de 1966… Je comprends alors que quelque chose n’est pas très clair…

Quelques semaines plus tard, je tombe sur une annonce eBay, cette fois proposée par un américain. Il ne s’agit pas d’une réédition quelconque mais bien d’une version originale française, et plusieurs photos (et non pas une seule photo à contrario du vendeur précédent) sont là pour en témoigner. Le descriptif mentionne ceci : ‘Record has never been played jacket has minor wear’ (autrement dit, ‘la pochette a des traces d’usures très légères et le disque n’a jamais été joué’).

Mais ce qui va surtout précipiter mon achat, ce sont des petites marques de pré-découpe sur la tranche de la pochette ; en effet, en France dans les années soixante, la pochette de certains vinyles disposaient d’une petite languette détachable sur le côté qui permettait au disquaire de classer et comptabiliser ses ventes.

Quelques semaines plus tard, mon nouvel achat arrive des Etats-Unis. Cette fois, plus aucun doute : il s’agit bien de la version originale française en vinyle de « Blow-Up », celle publiée sur le sol français en 1966, à la même période que le film.

Je compare alors cette merveille avec mon achat précédent. Les mettre côte à côte est stupéfiant. Le vinyle acheté quelques temps plus tôt est clairement une imitation ! Pour une personne lambda, n’étant pas forcément sensible aux détails (et n’ayant jamais eu la version originale de « Blow-Up » en mains), se tromperait rapidement.

Voici donc quatre points de comparaison qui, pour cet exemple, m’ont permit à l’époque de séparer le vrai du faux.

 

Première comparaison : la pochette

Commençons en douceur et comparons le papier utilisé pour la pochette. Ici, il faut faire appel à vos sens, à la fois tactile et visuel.

La version contrefaite est épaisse, son papier est mat et non pelliculé. La version originale, quant à elle, dispose d’une pochette pelliculée brillante, et beaucoup plus fine. L’une possède des traces de pré-découpages sur sa tranche, l’autre non.

Mais c’est en regardant à l’intérieur des pochettes que l’on s’aperçoit que l’une des deux a connu les affres du temps ! Une cinquantaine d’années, vous pensez bien que ça parle ! Jugez plutôt ci-dessous par l’image.

Le papier de l’original (en haut) est clairement différent
de la contrefaçon (en bas).

 

Il y a aussi l’arrière de la pochette qui s’avère être amusante. La contrefaçon ne s’est pas embêtée à reproduire ce qui faisait l’identité même des pressages français dans les années soixante : les rabats extérieur au verso. En effet, il manque clairement deux languettes (une en haut et une en bas) sur la fausse copie. L’original, quant à lui, est bien équipé de ses rabats. On notera aussi une différence de couleur qui nous amène directement à la deuxième comparaison : la qualité d’impression.

Les rabats extérieurs du verso de la version originale (en bas)
sont absents sur la contrefaçon (en haut).

 

Deuxième comparaison : la qualité d’impression

Passons la seconde. Cette fois, il s’agit de se pencher sur l’aspect visuel. A première vue, les deux versions comportent les mêmes informations graphiques exactement au même endroit. Mais ce qui va trahir la version contrefaite, c’est sa qualité d’impression. En effet, la version originale est très lumineuse, avec des images nettes et du texte bien imprimé. La version contrefaite est plus contrastée et n’arrive pas à atteindre cette qualité d’impression ; les images et les textes sont un peu plus flous, comme si on avait scanné l’original pour l’imprimer sur un nouveau support papier.

La différence de couleur est perceptible rapidement
La fausse copie (en haut) est beaucoup plus contrastée.

 

Troisième comparaison : le macaron

Le macaron n’est pas en reste. En effet, un seul coup d’œil à ce dernier va s’avérer – à lui seul – très explicite. Le macaron de la version originale est imprimé sur un papier mat, de couleur gris foncé. Le macaron de la version contrefaite reproduit avec exactitude le contenu graphique mais, une fois exposé à la lumière, son papier prend des aspects bleus clairs.

Puis, en y regardant de plus près, on comprend que le procédé de fabrication n’est pas le même : la fausse copie laisse apparaître des cercles concentriques et des reliefs alors que la version originale est d’une couleur unie et globalement plate.

Le macaron de la version originale.
Le macaron de la version contrefaite.
A droite, les cercles concentriques de la version contrefaite.
A gauche, le macaron original.

 

Quatrième comparaison : la matrice

La matrice est cette suite de lettres et de chiffres que bon nombre de collectionneurs n’oublient pas d’analyser lors de leurs recherches afin de déceler le faux du vrai. Généralement, elle est écrit en digital ou à la main et on la retrouve sur la partie communément appelée ‘Dead Wax’ du vinyle (soit l’espace le plus proche du macaron central). C’est l’une des vérification les plus sûres et qui peut, bien souvent, révéler beaucoup d’informations quant à l’identité ou l’historique du pressage.

Pour ma copie de « Blow Up », la matrice du pressage original est longue. Pour la face A, il est inscrit ‘SE 4447 SIDE 1 M&5-760 065072‘. En revanche, la version contrefaite est moins bavarde. Pour la face A, il est simplement inscrit ‘MGM 012 A‘.

La matrice originale.
La matrice de la contrefaçon.

 

Encore aujourd’hui, lorsque je recherche des vinyles, je tombe parfois sur des pressages douteux. Sur internet, il est plus difficile d’analyser le support puisque son analyse physique s’avère impossible ; il faut alors faire confiance aux photos que le vendeur veut bien nous diffuser.

En règle générale – et particulièrement sur internet – il faut toujours éviter d’acheter une référence ancienne en graduation ‘mint’ ou ‘near mint’. Tant que l’on ne possède pas le pressage entre les mains, il est très difficile d’être certain de son authenticité et, du même coup, de son achat.

Les quatre points de comparaison ci-dessus m’ont permis de déceler le vrai du faux. Mais pour cela, il m’a fallu mettre côte à côte la copie originale et la copie contrefaite. Sans mon expérience dans le domaine du vinyle, et si je n’avais pas à ma connaissance tous ces points de détails qui permettent d’identifier un type de pressage en particulier, je ne suis pas sûr que j’aurais pu faire la différence.

Tout ça pour vous rappeler de rester vigilant et de ne pas aller trop vite dans vos achats.

Quant à la musique, c’est encore bien la seule chose dans les deux cas qui reste authentique ! Allez, je m’en vais retourner écouter cette sublime B.O. de Herbie Hancock… sur le pressage original !

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