Danny Elfman ou la nostalgie des nineties | Monsieur Vinyl
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Danny Elfman ou la nostalgie des nineties

Il est très difficile de parler de Danny Elfman sans citer à un moment Tim Burton. Et c’est bien là tout le paradoxe. Elfman est étroitement lié à Burton, comme Eric Serra est étroitement lié à Luc Besson. Mais si Danny n’avait pas croisé Tim, l’histoire aurait été peut-être différente. Retour sur la période ‘nineties’ d’un musicien pas comme les autres, et sur quelques vinyles publiés à cette période qui ont, selon moi, marqués le début de carrière de cet artiste hors-norme.

 

Danny Elfman fait partie de ces artistes autodidactes, ceux qui envoient bien souvent en l’air l’écriture d’une partition afin de laisser place à l’émotion. Lorsqu’on écoute son travail, on se rend vite compte que ça part dans tous les sens ; mais sa musique est vivante, remplie de soubresauts, et – en règle générale – c’est exactement tout ce que l’on aime chez lui.

Je vais volontairement éviter de brosser ici une énième biographie de Danny Elfman. Je laisse cela à bon nombre d’autres rédacteurs sur la toile qui le feront bien mieux que moi. Je préfère plutôt me pencher sur son travail musical, et plus précisément sur une période que j’apprécie particulièrement chez lui : les années quatre-vingt-dix. Le tout, bien évidemment, agrémenté de l’évocation de quelques vinyles (sinon, vous ne seriez pas chez Monsieur Vinyl).

Mais alors comment ai-je découvert Danny Elfman ? Pour répondre à cette question, je peux déjà affirmer que je suis heureux de l’avoir d’abord découvert non pas en tant que compositeur mais en tant qu’interprète. En effet, la première fois que j’ai croisé le nom de Danny Elfman sur une pochette de vinyle, c’était sur la bande originale du film « Le Flic de Beverly Hills » ! Etonnant, non ? Le morceau, intitulé « Gratitude », fût pour moi une révélation sonore ; une interprétation vocale hyper modulée, agrémentée d’une Pop New Wave totalement décalée. Je me souviens avoir longtemps joué sur ma platine cette excellente bande originale, et plus particulièrement ce morceau dont – petit à petit – j’en apprivoisais l’univers.

Je croise quelques années plus tard Oingo Boingo, un groupe présent sur une autre bande originale : celle du film « S.O.S. Fantômes 2 ». Je découvre alors « Flesh ‘N Blood » une chanson hyper originale, encore bien plus séduisante que « Gratitude ». C’est un coup de cœur ! A l’écoute de la voix du chanteur, mon oreille musicale va évidemment faire le rapprochement entre les deux morceaux. Ça y est, Danny Elfman est rentré dans ma vie !

En 1988, je découvre le film « Beetlejuice ». Dès que le film commence – et alors que le logo A Geffen Company Release apparaît – j’entends la voix de Danny lancer au loin Daaay-O ! It’s a dayyy… Cette très courte interprétation vocale de l’artiste disparaîtra totalement de l’enregistrement commercial ; sa voix sera malheureusement remplacée par quelques notes cristallines discrètes sur la B.O. Puis arrive ces chœurs d’outre-tombe entonnant Daylight come and he wan’ go home… Le morceau commence. Voilà le ‘Elfman Sound’. Le thème musical principal de « Beetlejuice » s’avère être une maline fusion entre deux autres compositions du maître qui verront le jour un an plus tard : « Les Simpsons » et « Les Contes de la Crypte ». La version vinyle de « Beetlejuice » quant à elle sera publiée en 1988 en Allemagne ainsi qu’en Amérique ; une réédition américaine verra le jour en Mai 2015.

Entre parenthèses, puisqu’il est sujet de la série « Les Contes de la Crypte », sachez que le label américain Mondo a publié en 2013 trois petits 45 tours en édition limitée, chacun renfermant deux morceaux issus de la série : le thème principal ainsi qu’un morceau aux accents New Jack : « Crypt Jam ».

A la même période, je découvre également le film « Fantômes en Fête » (baptisé « Scrooged » outre-atlantique). La bande originale de cette excellente comédie sera publiée en vinyle chez A&M Records mais – malheureusement – l’excellent travail que Danny Elfman réalise à l’époque pour ce film n’y figure pas ; cette dernière réside en une simple compilation de morceaux Pop, la production ayant préféré tout miser sur une B.O. à l’accent commercial. Il faudra attendre l’année 2011 pour que l’honorable label La-La Land Records publie pour la première fois dans le commerce la version orchestrale composée par Elfman… en CD ! Par ailleurs, je vous conseille de jeter une oreille attentive au morceau qui introduit le film ; la patte Elfman y est une nouvelle fois reconnaissable.

Edward, l’apothéose…

Mais son plus beau travail artistique reste sans aucun doute… « Edward Aux Mains d’Argent ». Mesdames, messieurs, sachez que la version vinyle originale est un vrai collector !! Seulement un cercle très restreint de personnes ont pu y avoir accès à sa sortie originelle en 1991 (seuls certains V.I.P. ont été privilégiés). A l’époque, le label MCA n’a publié que très peu d’exemplaires de cette édition européenne. De ce fait, il était déjà pratiquement impossible de le trouver en magasin à l’époque (de surcroît à une période où le CD avait clairement pris le pas sur le microsillon). En 2015, cette magnifique B.O. a été rééditée par Geffen Records sur le sol américain (une première pour le pays de l’Oncle Sam) ; mais quoi que l’on en dise, la version de chez MCA n’a rien à voir avec la version de chez Geffen. Pour les distinguer, veillez à bien comparer leurs pochettes respectives ainsi que leurs références (9031-73397-1U pour la version originale et B0023646-01 pour l’édition 2015).

Danny et la chauve-souris

Je reste évidemment fan en parallèle du travail que Danny a effectué sur « Batman » même si, en 1989, son travail fût totalement éclipsé par Prince (qui devait initialement composer une seule chanson pour le film et qui finira par accoucher d’un album entier en parallèle à la B.O. orchestrale ! Quelle audace !).

Toutefois, c’est sur « Batman Returns » que Elfman va totalement se rattraper et frapper un grand coup. D’ailleurs, c’est sans aucun doute l’une des meilleures B.O. de la série. A nouveau, à la sortie du film, le vinyle n’a pas bénéficié d’une publication sur le sol américain. Une nouvelle fois publié chez MCA Records, la qualité du pressage est irréprochable ; le son de ce vinyle est d’une qualité exemplaire (exactement à l’image du pressage européen d’ « Edward Aux Mains d’Argent »). Trois versions vinyles existent à ce jour : européenne, colombienne et brésilienne. Toutefois, le label américain Mondo prépare pour cette année 2017 la réédition de cette bande originale pour l’Amérique.

De la magie…

N’oublions pas également ce petit écart artistique pour « L’Etrange Noël de Monsieur Jack » ; un sublime travail de mélodies, toutes aussi bien composées les unes que les autres. Il est difficile d’y rester insensible. Même si une réédition vinyle a vu le jour en Septembre 2016 (à la fois en Europe et en Amérique), les plus belles versions vinyles sont celles que Walt Disney a publié exclusivement pour le magasin en ligne Hot Topic en 2003 et 2004 ; deux Picture Discs d’une qualité rare, édités à quelques mois d’intervalle, laissent la part belle au visuel de ce très beau conte de Noël.

What else ?

Parmi les travaux annexes de Danny Elfman, on peut également citer l’excellente B.O. du film « Cabal » (« Night Breed » en Amérique) présentant un beau travail de composition, devenant au passage un parfait interlude musical entre « Beetlejuice » et « Batman Returns ».

On peut également parler de son travail pour « Big Fish », l’un de mes derniers coups de cœur en ce qui le concerne. Le vinyle de la B.O. a été éditée en Décembre 2015 chez Music On Vinyl en une très belle édition limitée Blue/Black/White Marbled.

N’oublions pas également de citer l’atypique « Pee-Wee’s Big Adventure », la seconde bande originale de film que Danny Elfman composera dans sa carrière mais la première dont les personnes se souviendront outre-atlantique.

Enfin, on peut citer son travail en 1990 pour le film « Dick Tracy » ; à contrario de « Fantômes en Fête », la version orchestrale a été publiée en vinyle parallèlement à deux autres versions : celle regroupant une pléthore d’artistes (de Jerry Lee Lewis à Brenda Lee, en passant par Al Jarreau) et celle proposée par Madonna (« I’m Breathless »).

A mon sens, Danny Elfman n’a malheureusement pas su cultiver le côté si frénétique qui l’habitait dans les années quatre-vingt-dix. De nos jours, il est quasiment « invisible » artistiquement parlant. Où sont passées les magiques bandes originales qu’il nous proposait en 1988, 1989, 1990,… ? Néanmoins, il reste à mes yeux un compositeur prolifique et imaginatif, peut-être même l’un des plus imaginatifs et le moins cartésien que j’ai pu entendre. Si, selon moi, il s’est bel et bien égaré dans les années 2000, une seule chose ne pourra jamais lui être enlevé : son style. En un mot : sa signature. Et ça, ce n’est pas donné à tous les compositeurs de musiques de films, n’est-ce pas ?

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