Monsieur Vinyl | De quel pays vient mon vinyle ? (BIEM, SACEM, etc...)
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De quel pays vient mon vinyle ?

En bons collectionneurs invétérés, nous sommes souvent confrontés à rechercher ou à trouver des pressages vinyles étrangers ; j’entends par là faire face à un pressage ne provenant pas directement de notre pays d’origine. Survient alors une question : de quel pays vient mon vinyle ? Pourtant, grâce à une seule mention, inscrite à même le macaron, il est possible de savoir d’où il est originaire. Avec cet article, certains vinyles vont commencer à vous raconter leur histoire…

Préambule…

Avant de rentrer dans les détails, il faut d’abord bien comprendre comment cela fonctionne ; pour faire simple, lorsqu’un artiste ou un groupe écrit, compose ou interprète une œuvre, cette dernière est légalement gérée par une société de droits d’auteurs afin que l’artiste ou le groupe puisse être protégé et collecter l’argent qui lui revient suite à la diffusion ou l’utilisation de son œuvre.

Dans le monde du vinyle, notre support préféré est considéré légalement comme ‘mécanique’. Ce n’est donc plus seulement une histoire de droits d’auteurs mais aussi une histoire de droits de reproduction sur un support physique. Il y a donc deux échelles complètement liées entre elles : celle du droit d’auteur et celle de la reproduction mécanique.

La liste ci-dessous regroupe par pays une sélection de logos imprimés sur le macaron d’un vinyle et représentant ces sociétés. Ce sont ces mêmes logos qui vont nous permettre d’identifier la provenance géographique d’un pressage.

Toutefois, ce n’est pas nécessairement parce qu’un vinyle est « Fabriqué en France » ou « Made In England » qu’il est originaire de ce pays. Seules les mentions ci-dessous prévalent sur l’indication du pays de fabrication.

 

BIEM, le grand bureau

« Bureau International de l’Edition Mécanique »

Commençons par le commencement. Le BIEM n’est pas une société individuelle mais une organisation contrôlant les droits de reproduction et facilitant les échanges entre les différents acteurs du monde musical (auteurs, compositeurs, éditeurs) et leurs clients (producteurs, etc…), et ce à l’échelle internationale. Toutes les sociétés membres du BIEM ont pour rôle d’autoriser ou non dans leur propre pays la reproduction de chansons, d’œuvres littéraires ou dramatiques.

Cette organisation, fondée en 1929 et dont son siège est situé en France, a d’abord été créée pour l’Europe. Puis, en 1968, cette gestion s’est étendue pour être finalement attribuée à des sociétés individuelles à travers le monde (que je vais énumérer ci-dessous). Aujourd’hui, le BIEM compte 54 sociétés opérant dans 59 pays.

Sur de nombreux vinyles, vous croiserez la mention BIEM suivi du nom de la société individuelle. Toutefois, étant donné que ce bureau est né en France, une petite particularité s’exerce sur notre sol. Tous les vinyles publiés en France avant 1971 – soit trois ans après que le bureau ait accordé la gestion des droits à des sociétés individuelles – sont estampillés BIEM (voir ci-dessous). Chronologiquement, ce changement BIEM vers SACEM s’est effectué sur les derniers mois de 1970 et les premiers mois de 1971.

Un pressage original français BIEM de 1969.

 

Ce n’est donc seulement qu’à partir 1971 que tous les vinyles français seront siglés par le logo de la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique). Notez tout de même que la mention BIEM n’a pas disparue pour autant ; de nos jours – et sur les pressages récents – on peut facilement croiser la combinaison BIEM/SACEM indiquant, là-aussi, que l’on a affaire à un pressage français.

Un pressage français réédité SACEM de 1971.

 

 

 

GEMA = Allemagne

« GEsellschaft für Musikalische Aufführungs »

La GEMA est l’équivalent de la SACEM pour le sol allemand. C’est aussi à ce jour l’une des plus grandes société individuelle de gestion d’œuvres musicales en Europe. Elle siège à Berlin ainsi qu’à Munich. De part son positionnement géographique, elle entretient d’excellents liens avec l’Union Européenne.

L’historique de la GEMA est assez lourde. La société a été bousculée par de nombreux événements, et a notamment survécue aux deux guerres mondiales. Son ancêtre direct est une coopérative créée en 1908 et composée de plusieurs compositeurs allemands (dont faisait partie Richard Strauss). C’est en 1915 que la GEMA va naître, d’abord sous la forme d’un consortium. Ce n’est que depuis 1990, après que les deux états allemands aient étaient réunis, que la société a pu enfin voler de ses propres ailes.

Un pressage original allemand GEMA de 1990.

 

 

 

STEMRA = Pays-Bas

La BUMA-STEMRA sont deux entités, fonctionnant comme une seule, qui gèrent les droits d’auteurs pour les Pays-Bas uniquement pour le domaine musical. L’Association BUMA a vu le jour en 1913 avant d’être fusionnée en 1977 avec la Fondation STEMRA. Il existe sur le marché beaucoup de pressages hollandais siglés STEMRA, notamment à l’âge d’or du vinyle, entre le milieu des années 1970 et le début des années 1990. Le Pays-Bas est – encore aujourd’hui – l’une des plaques tournantes de la fabrication de vinyles.

Un pressage hollandais réédité STEMRA de 1975.

 

 

 

SABAM = Belgique

« Société d’Auteurs Belge – Belgische Auteurs Maatschappij »

La société de droits d’auteurs belge est née en 1922 sous l’impulsion du compositeur flamand Emiel Hullebroeck, d’abord sous le nom NAVEA avant d’être rebaptisée SABAM en 1945.

Elle a la particularité de ne pas uniquement gérer les droits d’auteur du monde de la musique ; la SABAM englobe entre autres la gestion des droits pour les architectes, les chorégraphes, les photographes ou encore les réalisateurs de cinéma et de télévision,…

Toutefois, cette société ne jouit pas en Belgique d’une excellente réputation, notamment auprès des organisateurs de festivals.

Un pressage original belge SABAM de 1978.

 

 

 

SIAE = Italie

« Società Italiana degli Autori ed Editori »

Cette société italienne est née en 1882, d’abord sous le nom SIA (Società Italiana Autori) avant d’être baptisée SIAE à partir de 1927. Les pressages italiens sont les seuls à être reconnaissables en un coup d’œil, grâce à leur marque de tampon de couleur apposée une fois sur deux sur le macaron du vinyle. Cette marque au tampon disparaîtra à partir de 1996 pour être remplacée par des autocollants brillants et infalsifiables afin de se protéger des pressages pirates assez courants en Italie.

Un disque d’or italien SIAE.

 

 

 

SGAE = Espagne

« Sociedad General de Autores y Editores »

En Espagne, les droits d’auteurs sont gérés par la SGAE. Cette dernière a été fondée en 1899 et son répertoire dépasse aujourd’hui les 10 millions d’œuvres. Elle obtient l’exclusivité pour la gestion collective des droits à partir de 1941.

La plupart du temps, les textes sur les macarons espagnols sont écrits dans la langue du pays. Il est ainsi courant de pouvoir y lire les mentions comme suit : « Regitrados los derechos del productor fonográfico y del propietario de la obra… »

Un pressage original espagnol SGAE de 1993.

 

 

 

MCPS = Angleterre

« Mechanical Copyright Protection Society Limited »

Reconnaître un pressage anglais d’un autre pressage n’est pas toujours évident car, majoritairement, la mention MCPS n’est pas toujours clairement indiquée. Les anglais (tout comme les américains) aiment montrer que leurs vinyles sont fabriqués chez eux ; il n’est donc pas rare de croiser à la place la mention « Made In England », « Made In UK » ou encore « Made In Great Britain ».

Jusqu’en 1997, la société était divisé en deux : d’un côté la MCPS (Mechanical Copyright Protection Society Limited) pour les droits mécaniques et la PRS (Performing Right Society) pour les droits d’auteurs. En 2013, les deux sociétés ont définitivement fusionnées pour devenir PRS For Music. Toutefois, le terme MCPS continue de nos jours d’être inscrit sur les macarons.

Un pressage original anglais MCPS de 1965.

 

 

 

SUISA = Suisse

« Société suisse pour les droits des auteurs d’œuvres musicales »

Créée en 1923, la SUISA est une coopérative gérant les droits d’auteurs sur le territoire Suisse et le Liechtenstein. Son siège est situé à Zurich. Elle compte 30 000 compositeurs, paroliers et éditeurs et représente 2 milions de musiciens.

Par contre, la SUISA ne gère pas les droits d’auteurs pour les comédies musicales et les opéras ; c’est la SSA (Société Suisse des Auteurs) qui s’occupe de cette partie.

La SUISA cette particularité de percevoir dans le pays une taxe sur bon nombre de supports de stockage, comme les CD, les DVD vierges, les disques durs ou encore les lecteurs MP3. Ces nombreuses taxes ont été vivement critiquées. Heureusement, le support vinyle n’est pas taxé !

Un pressage suisse SUISA de 1994.

 

 

 

BMI / ASCAP = Etats-Unis

BMI : « Broadcast Music, Inc. »
ASCAP : « American Society of Composers Authors and Publishers »

Les américains sont comme les anglais : ils affichent clairement leur pays sur le macaron du vinyle ; ainsi, le « Made In USA » ou « Printed in USA » est très répandu et facilite donc l’identification géographique.

Pourtant, il existe chez eux – tout comme dans les autres pays – une gestion des droits d’auteurs. La principale société se nomme l’ASCAP. Basée à New York, elle regroupe pas moins de 625 000 auteurs, compositeurs et éditeurs avec un total de 10 millions d’œuvres enregistrées. Cette dernière est en concurrence dans le pays avec deux autres grandes sociétés : la BMI (Broadcast Music, Inc.), la plus importante société américaine en terme de droits d’auteurs – qui gère notamment les droits de Nickelback, Taylor Swift, Danny Elfman, ou encore Michael Jackson – et la SESAC (Society of European Stage Authors and Composers) – qui représente Bob Dylan, Adele, Mariah Carey ou encore Robert Johnson.

Un pressage original américain BMI de 1967.

 

 

 

En conclusion…

Les mentions ci-dessus ne sont qu’une partie du puzzle pour identifier un pressage, mais elles permettent bien souvent de se rapprocher à 90% de l’origine géographique du vinyle. Les 10% restants intègrent d’autres facteurs, plus subtils à analyser, comme les numéros de référence, les typographies utilisées, le papier du macaron ou de la pochette, etc… Tout autant de facteurs qui, de surcroît,  évoluent selon la période où le vinyle a été publié. À cela se rajoute le type d’édition, si elle est originale ou rééditée. Les règles sont nombreuses.

En conclusion, restez toujours attentifs aux petits détails car quelques lettres ou quelques chiffres peuvent totalement changer l’identité d’un disque. Toutefois, gardez bien en tête que certains vinyles peuvent être fabriqués dans certains pays pour être finalement distribués dans d’autres. Par exemple, un vinyle peut très bien être fabriqué en France mais uniquement destiné à une commercialisation sur le sol anglais. En d’autres termes, vous ne le retrouverez pas dans les bacs en France.

Quant à Internet, c’est encore une autre histoire, car la gestion administrative des droits s’applique sur un support dématérialisé. Mais nos bonnes vieilles galettes, elles, sont loin de tout ça !

Et vous ? De quel pays viennent vos vinyles ?

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